Chercher un film :

Lady Jane

Affiche de Lady Jane

Lady Jane

Réalisé par Robert Guédiguian 

Film noir - France - 2008

CinéCinéma Premier Vendredi 17 septembre 2010 à 00 h 30
CinéCinéma Premier Vendredi 17 septembre 2010 à 07 h 00
Pour tout dire, on n’attendait pas spécialement Robert Guédiguian dans le cinéma de genre, et en particulier dans un registre (le polar noir, ou plutôt la tragédie policière) a priori singulièrement éloigné des considérations habituelles de sa filmographie socio-méridionale. Eh bien, on avait tort... Car Robert Guédiguian est un grand cinéaste, et en tant que tel, comme il l’avait d’ailleurs montré d’une manière différente dans Le Promeneur du Champ de Mars, il parvient à insuffler sa propre personnalité aux sujets les plus divers : Lady Jane déroule, malgré des défauts incontestables (rythme, dénouement, caractérisation du kidnappeur...), son intrigue policière avec une efficacité certaine, mais le film affirme surtout une certaine « intelligence du genre » souvent totalement absente des tentatives policières de ses contemporains nationaux. Plutôt que de miser sur l’esbroufe scénaristique (le film choisit la linéarité plutôt que l’accumulation des péripéties) ou formelle (une photo réaliste, loin des standards noir-argentés ou de tout décorum clinquant), Guédiguian connaît l’histoire du film noir, sa parenté avec la tragédie grecque, et sait donc que l’essentiel se situe dans les tréfonds de l’âme humaine, dans les fantômes et les fêlures qui fragilisent ses protagonistes. Si les familiers du travail de Robert Guédiguian reconnaîtront donc une partie du cadre (les quartiers populaires de Marseille) et son fidèle de trio de comédiens (Ascaride, Meylan, Darroussin), le ton du film risque ainsi de les dérouter : noire de noire, Lady Jane a remplacé l’espoir et la chaleur sociale par l’amertume et la fatalité. "No Country for Old Men à l’Estaque" : comme le film des frères Coen sorti peu ou prou à la même époque dans les salles françaises (et indépendamment, évidemment, de toute considération formelle), Lady Jane décrit des personnages désynchronisés, incapables de faire face à la violence de leur époque et d’appréhender les démons du passé. Ce faisant, Guédiguian double son intrigue rugueuse d’une réflexion au moins aussi impitoyable sur le temps qui passe, les idéaux qui s’écroulent et l’éternel cycle de la violence. Sous des allures presque banales, le polar s’enrichit de considérations mémorielles et politiques qui ne font qu’accroître son intérêt : le film se clôt ainsi sur la citation d’un proverbe arménien (« Celui qui cherche à se venger est comme une mouche qui se cogne contre la vitre sans voir que la porte est grande ouverte ») qui rend aussi désespérant ce qui l’a précédé (tout ça, toute cette violence vouée à se répéter, pour quoi ?) qu’elle crée des échos, hier et aujourd’hui, en Arménie, en Palestine ou ailleurs... Lady Jane est donc, dans le fond, un film profondément ancré dans les obsessions morales et politiques du cinéaste mais, formellement, cette œuvre révèle de nouvelles cordes à son arc : froid et sec comme un climat tempétueux ou comme un vieux rock terreux, Lady Jane sait aussi être parfaitement angoissant ou infiniment brutal. En particulier, la stupéfiante scène-charnière du parking sousterrain, mise en scène avec une précision redoutable, marquera à n’en pas douter sa filmographie. Espérons d’ailleurs que ce soit, de manière générale, le cas de ce film singulier, trop injustement boudé en salles.

Antoine Royer


Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
4

: clAssik : À ne pas rater : À découvrir
: À l'occasion : À vos risques et périls : À fuir

Soyez le premier à déposer un commentaire.

Déposer un commentaire

Nom
Appréciation
Commentaire