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Taxi Driver

Affiche de Taxi Driver

Taxi Driver

Réalisé par Martin Scorsese 

Thriller, Suspens - États-Unis - 1976

CinéPolar Vendredi 17 septembre 2010 à 10 h 10
CinéPolar Dimanche 19 septembre 2010 à 09 h 25
Une musique solennelle, jazzy et inquiétante ; un véhicule qui sort doucement d’une épaisse fumée ; un regard inquiet illuminé par la rougeur des néons ; et la quasi-abstraction de ces touches impressionnistes évoquant, en contre-champ, une ville, la nuit... Si tout le monde, ou presque, connaît Taxi Driver pour son anthologique dernière partie (le « You’re talking to me ? », le Mohawk et le déferlement de violence final…), on mentionne trop rarement ces premières secondes, aussi limpidement annonciatrices de la suite qu’esthétiquement sublimes. Pour son cinquième long métrage, et sa première collaboration avec Paul Schrader, Martin Scorsese retrouvait effectivement ces rues new-yorkaises qu’il avait déjà explorées dans Mean Streets, mais son regard changeait du tout au tout, se détachant du réalisme communautaire qui marquait cette précédente œuvre pour plonger aux tréfonds de l’imaginaire et des peurs d’un chauffeur de taxi solitaire. De ces premiers instants, de la partition obsédante de Bernard Herrmann, de ces silhouettes incertaines de passants aux visages spectraux, de cette vision cauchemardesque d’une ville réduite à des pénombres vaguement illuminées, émerge déjà la ruine intérieure de Travis Bickle, ancien combattant de la guerre du Viet-Nam, intrus dans sa propre ville. Taxi Driver se présente donc comme une errance individuelle, un voyage intérieur dont l’intérêt est inévitablement conditionné à sa figure centrale ; Robert De Niro était déjà apparu chez Scorsese dans un rôle secondaire de Mean Streets, mais Taxi Driver marque l’avènement, et l’un des sommets, de leur fructueuse collaboration. Impliqué dès la préparation du film dans une mesure inouïe (le comédien passa son permis de chauffeur de taxi, et se fit engager réellement par la Yellow Cab Cie), il n’eut de cesse de proposer, sur le tournage, de nouvelles idées aidant à enrichir ce troublant personnage : outre la célèbre scène du miroir, qu’il imagina pour mieux illustrer le vain appel à la communication constitutif de la folie de Travis, il lui créa cette fameuse démarche de côté, et évita surtout par la subtilité de son interprétation vocale de faire tomber dans l’excès un personnage extrêmement nuancé dans son intensité (ce que les copieurs ont parfois oublié). Bien que cela ne fasse pas partie de nos habitudes, cédons à la tentation de l’emphase pour inscrire cette performance parmi les plus admirables, les plus fortes et les plus renversantes qu’on ait pu voir sur grand écran. Film par certains aspects brutal (le traitement formel de la violence a toujours été une obsession scorsesienne), il ne faut pour autant pas réduire Taxi Driver à son côté « coup de poing » : c’est par exemple une œuvre profondément mélancolique sur l’amour, ou plutôt le manque d’amour ; mais aussi un témoignage assez exact du contexte dépressif de la fin des années 70 aux Etats-Unis, peut-être, dans son abstraction, l’un des meilleurs films toutes époques confondues sur la dévastation intérieure des survivants du Viet-Nâm. Enfin, vision après vision, Taxi Driver conserve surtout son unique aura de mystère, tant sur les causes que sur la conclusion (Rédemption, évasion rêvée, retour à la case départ… ?). Pour tout cela et pour tant d’autres raisons qu’il nous faudrait évoquer, Taxi Driver doit être considéré comme une œuvre majeure, non seulement dans l’œuvre de Martin Scorsese, mais bien dans l’histoire du 7ème art. Quel film !

Antoine Royer

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Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
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