Chercher un film :

Reviens-moi

Affiche de Reviens-moi

Atonement

Réalisé par Joe Wright 

Romance - Grande Bretagne - 2007

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Il est souvent rageant, pour le spectateur ayant aimé un film, de constater rétrospectivement à quel point celui-ci a été mal distribué, et à quel point, dans la foulée, la majorité des critiques se sont fourvoyés dans une appréhension littérale et paresseuse. Il était en effet tentant, a priori, d’accabler le deuxième film de Joe Wright d’un certain nombre d’idées préconçues, ce drame historique adapté d’un best-seller étant forcément une « bête à Oscars » mélodramatique et académique - d’autant que le distributeur français avait eu l’exécrable idée de changer le titre original (Atonement, c’est à dire réparation, expiation) en un Reviens-moi débordant de guimauve, et en insistant lourdement dans sa campagne d’affichage sur son casting glamour. Dès les premiers plans (voire les premiers sons, saluons la singularité de la partition de Dario Marianelli), cependant, on saisit que l’essentiel est ailleurs : l’imaginaire d’un enfant, une histoire qui s’écrit et le regard porté sur les choses, qui les enjolive ou les détruit… Le cœur de Atonement ne se trouve donc pas dans l’histoire d’amour entre Cecilia (Keira Knightley) et Robbie (James McAvoy), car celle-ci - et à travers elle tout son potentiel mélodramatique - n’aura jamais véritablement l’occasion d’exister, hormis dans une scène de sexe d’une grande intensité, mais réside dans le regard porté par la petite sœur de Cecilia, Briony, jeune fille rêveuse et possessive, qui commet à 13 ans une irréparable erreur d’appréciation. Atonement, comme son titre original l’indique, est donc une œuvre sur l’impossibilité du pardon - qui plus est en période de guerre - et sur la chimérique nécessité d’un retour en arrière ne pouvant s’opérer que par la puissance de l’imaginaire. La dernière partie du film (portée par l’admirable Vanessa redgrave), non seulement indispensable dans le dispositif conçu par Ian McEwan et Christopher Hampton, vient surtout éclairer d’un jour nouveau tout le reste de l’œuvre, inviter à la rétrospection : à l’instar de Briony, le spectateur est amené à questionner son propre regard, à mettre en doute ses propres interprétations, à reconsidérer ses interprétations hâtives. Telle plan ou telle séquence (voire les deux…) pourront sembler artificielles, plaquées, irréelles ? Evidemment, car elles le sont ; l’important n’étant pas ici le réalisme mais l’accomplissement d’un travail intime et impossible de rédemption par la pensée... D’une certaine manière, le film prolonge des thématiques cruelles déjà abordées par Joe Wright dans sa première réalisation pour le cinéma, l’adaptation de l’Orgueil et préjugés de Jane Austen : la force destructrice des illusions, la manière dont ces apparences conditionnent nos actes et nos existences, encarcanés que nous sommes dans une société hiérarchisée en classes... Malgré les différences d’époque et de style entre les deux films, Wright affirme déjà la cohérence tant thématique donc que formelle de son travail (jeux de cadrages, utilisation des miroirs, qualité de la photo, amplitude de certains plans...), et il serait injuste de trop vite habiller un tel talent, revêche et ambitieux, dans un costume impersonnel de laquais des studios. En deux films, un cinéaste est né, et il a tout d’un grand.

Antoine Royer


Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
4 1 4 4

: clAssik : À ne pas rater : À découvrir
: À l'occasion : À vos risques et périls : À fuir

Soyez le premier à déposer un commentaire.

Déposer un commentaire

Nom
Appréciation
Commentaire