Chercher un film :

L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

Affiche de L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford

Réalisé par Andrew Dominik 

Western - États-Unis - 2007

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Jesse James est abattu le 3 avril 1882 par deux de ses complices, les frères Ford, de dos, alors qu’il a déposé ses revolvers et est monté sur une chaise pour remettre un tableau d’aplomb. Robert Ford est ainsi entré dans la légende par la petite porte. Il est le traître, le judas, le lâche dont l’acte infamant est rapidement mis en chanson : « Well it was Bob and Charlie Ford, Those dirty little cowards, I wonder how they feel, For they ate of Jesse's bread, And they slept in Jesse's bed, And they laid poor Jesse in his grave. » C’est à cette question que le néo-zélandais Andrew Dominik (adaptant un roman de Ron Hansen) propose d’apporter une forme de réponse en mettant en scène les relations ambiguës entre Jesse James et Robert Ford, et plus largement en intégrant leurs parcours dans le mouvement même de l’Amérique. Jesse James aurait, selon Dominik et Hansen, mis en scène sa propre mort, longuement préparée, afin d’en faire un dernier geste légendaire. Le film s’attache aux dernières années du bandit. C’est la fin, les échecs s’accumulent, la traque se fait plus pressante, les braquages échouent un à un, les complices sont arrêtés ou abattus. Tout se délite et Jesse James, peu à peu, parvient à se détacher suffisamment des évènements, à clarifier sa vision pour imaginer la fin de son histoire. James sait qu’il appartient à un monde désormais révolu à l’heure où l’Amérique entre dans son ère moderne. La figure du cow-boy solitaire, qu’il soit criminel (Jesse James était surnommé « le brigand bien aimé ») ou justicier, représente dans l’imaginaire américain la forme la plus absolue des idéaux qui ont présidé à la naissance de la nation. James imagine dès lors son sacrifice comme une manière de façonner l’Amérique à son image, d’utiliser sa mise à mort annoncée comme un dernier geste d’insoumission à la modernité en marche (James était un Sudiste convaincu, donc fortement opposé à l’idée de fédération, et sa cible privilégiée était symboliquement la Western Union). Robert Ford, quant à lui, est manipulé par un gouverneur qui a pour ambition de sceller l’abolition de la frontière entre la civilisation et l’Ouest sauvage par la mise à mort de cette figure contestataire déjà légendaire. James doit mourir, c’est inévitable, lui-même le sait et l’enjeu est simplement de s'approprier la fin de l'histoire. Le film se déroule à l’ombre de cette mort annoncée, qui est aussi celle d’une certaine idée de l’Amérique. Le film prend les allures d’un long chant funèbre, constamment hanté par la mort et la dissolution. Dominik dilate le temps à l’extrême, fond ses personnages dans la durée des plans et les silhouettes dans les larges paysages de l’Ouest américain. Le rythme, la colorimétrie, les éclairages, le montage... tout concourt à donner l’impression d’un monde où s’effacent les images, les légendes, les grands faits, les héros, les histoires. James voit dans son sacrifice une manière de s’extraire, dans un dernier sursaut, de cette dissolution. Son nom restera, tandis que Robert Ford, entré dans l’ère moderne, serviteur des politiques, de la presse, des entrepreneurs, ne pourra plus que rejouer son crime sur des scènes de théâtres de plus en plus désertées. La dissolution ici à l’œuvre n’est pas seulement celle du mythique Ouest américain et de l’une de ses figures tutélaires. C’est l’un des sujets, bien sûr, la façon dont Jesse James écrit sa légende, la façon dont Robert Ford à force de lectures s’imagine pouvoir à son tour devenir un héros de l’Ouest, la façon dont ses espoirs se heurtent à un monde en marche qui n’a plus besoin de héros. Mais le film va au-delà. La photo du grand Roger Deakins, la musique de Nick Cave et Warren Ellis confèrent au film la beauté d’un poème. On est transporté dans ce monde, nimbé par sa douce mélancolie, son indicible tristesse. Les saisons défilent, le temps vorace s’écoule paisiblement, insensible aux drames des hommes. Dominik nous fait alors ressentir ce que nos vies ont de futile en regard de la marche du cosmos. L’Assassinat de Jesse James est un film difficilement réductible à un thème unique. C’est une œuvre complexe qui parle aussi bien des mythes, de la civilisation que de la fragilité de l’existence. Comment on se retrouve prisonnier de sa légende, comment on tente d’écrire son histoire, comment le "wilderness" s’est intégré à la fédération et, au-delà, comment on vit avec le sentiment de la petitesse de nos vies. Politique, humain, existentiel, L’Assassinat de Jesse James une œuvre admirable, d’une beauté saisissante, hypnotique qui, durant 2h30 (le montage initial faisait 4h30), nous transporte par la seule grâce de sa mise en scène dans un rêve de cinéma. Magistral.

Olivier Bitoun


Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
5 4 2 5

: clAssik : À ne pas rater : À découvrir
: À l'occasion : À vos risques et périls : À fuir

Soyez le premier à déposer un commentaire.

Déposer un commentaire

Nom
Appréciation
Commentaire