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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par Michael Cimino 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Cinq ans après le tournage catastrophique de La Porte du Paradis, on recevait enfin des nouvelles de Michael Cimino, au travers d’un film d’apparence peut-être moins ambitieuse que ses prédécésseurs, mais qui allait néanmoins devenir l’une des références absolues du film policier. Basé sur un script d’Oliver Stone, L’Année du Dragon suit les traces d’un policier raciste d’origine polonaise, magnifiquement interprêté par Mickey Rourke, fraichement nommé dans le Chinatown new-yorkais et bien décider à faire le ménage dans le quartier, ce qui bien sûr lui attirera les foudres de la puissante mafia locale. Les années ont passé, on a oublié la vaine polémique d’époque, et on peut donc se délecter de ce bijou du policier urbain des 80’s, nerveux et racé.

Franck Suzanne

A Chinatown, le nouvel an chinois est troublé par le meurtre d’une figure de la communauté chinoise, un parrain craint et respecté. Le capitaine Stanley White (Mickey Rourke), un vétéran du Viêtnam, profite de l’occasion pour mener une croisade contre le crime organisé qui règne sur Chinatown. Face à lui, Joey Tai (John Lone), un jeune homme tout juste débarqué de Hong Kong, entend prendre le contrôle des Triades et de l’ensemble du marché de l’héroïne. Michael Cimino met en scène avec L’Année du dragon un opéra de la violence. Les scènes d’anthologie se succèdent : course poursuite dans un défilé bariolé, fusillade dans un fastueux restaurant, exploration de caves inondées, plongée dans les tripots et les ateliers clandestins, voyage au plus profond de l’Asie à la rencontre des barons de la drogue... Le film, trépidant, nous fait partir à la rencontre d’un monde dans le monde, d’un univers caché, violent, où les luttes de pouvoirs et le combat entre l’ordre et le crime prennent des allures de tragédie antique. Mais c’est surtout pour Cimino l’occasion de poursuivre, après Voyage au bout de l’enfer et La Porte de Paradis, son exploration des fondations des Etats-Unis, d'ausculter ses rapports ambigus à l’immigration, d'observer la manière dont le rêve fédérateur s'est efforcé de diluer la multipilicité des orgines dans le mirage du melting pot. Cimino et son scénariste Oliver Stone nous présentent des personnages complexes, refusant l’identification facile et factice du spectateur. Stanley White est un homme imprévisible, violent, dont le jusqu’au-boutisme nous fascine et nous terrifie. Grâce à cet héros "bigger than life" et à la prestation magistrale de Mickey Rourke, grâce à la densité et la richesse de chaque personnage, grâce à l'ambiguité d'un scénario qui ne se dérobe jamais devant les enjeux complexes qu’il entend soulever, grâce enfin à la mise en scène de Cimino qui nous interpelle constamment par sa façon de magnifier et d'icôniser la lutte entre Stanley White et Joey Tai, L’Année du dragon nous ébranle, nous secoue, met à mal nos convictions. Cimino rêvait depuis longtemps de réaliser un film sur la construction des chemins de fer par les ouvriers chinois. L'échec de La Porte du Paradis l'empêche de mener ce projet à bien, et lorsque Dino de Laurentiis lui propose d’adapter le roman de Robert Daley (Le Prince de New York), d’abord réticent car trouvant l’ouvrage médiocre, il voit finalement dans ce projet l'occasion d’aborder par un autre biais les relations des Etats-Unis et de son immigration chinoise. Cimino décrit son film comme un « film de guerre en temps de paix. » White est un vétéran marqué par la guerre qui se retrouve soudain replongé dans son passé vietnamien en retrouvant à New York un environnement asiatique. Il voit dès lors l’opportunité de conjurer le traumatisme de l’échec vietnamien. Ce qui l’anime est plus une soif de vengeance que l’idée de faire appliquer la loi. White rejoue sur le sol américain les défaites de la politique interventionniste de son pays. Les propos racistes de White (rien que le nom…) ont été pris au premier degré par des critiques aveugles qui en ont fait le porte-parole de Cimino. Rien de tel bien évidemment : le cinéaste nous colle à ce personnage haineux et violent, nous fait partager ses sentiments exacerbés et sa sociopathie profonde pour nous faire toucher du doigt la mécanique de la violence, la profonde faille du rêve américain. Personnage torturé, écartelé, White porte en lui les contradictions de son pays et L’Année du dragon questionne de la plus brillante manière ce qu’est l'Amérique, ce qui fait qu’on se sente y appartenir ou ce qui au contraire interdit cette identification. Est-ce l’histoire de sa communauté, ce qu’elle a apporté à la fondation du pays ? Celle-ci doit-elle s’intégrer et oublier pour cela ses coutumes et sa culture d'origine ? La dualité de l’Amérique est ainsi clairement établie, chaque communauté qui la constitue étant à la fois fière de ses origines et fière d’être américaine, avec le drapeau étoilé comme horizon à atteindre. L’Année du dragon pourrait être ainsi vu dans la filmographie de Michael Cimino comme le troisième volet de son exploration de ce rêve d’unité. Cimino sort alors de cinq années de purgatoire suite au désastre financier de La Porte du Paradis, film qui a marqué la faillite de la United Artists et provoqué la haine de la critique et les huées de Cannes. Il fait un retour magistral avec ce polar violent, complexe, tonitruant et passionné. Le film doit aussi beaucoup au face à face entre Mickey Rourke et John Lone, acteur encore inconnu ancien danseur et acrobate de l’Opéra de Pékin. Il oppose au côté brut et massif de Rourke un grâce aristocratique qui fait de son personnage l’un des « méchants » les plus fascinants du cinéma américain. Un film primordial de l'un des plus grands cinéastes américains.

Olivier Bitoun



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