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Into the Wild

Affiche de Into the Wild

Into the Wild

Réalisé par Sean Penn 

Road Movie - États-Unis - 2007

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Il est notable qu'au même moment les frères Coen avec No Country for Old Men et Sean Penn avec Into the Wild, aient ressenti le besoin de se confronter de nouveau à l’espace américain. Dans l'œuvre de ces réalisateurs, l’Amérique a toujours tenu une place centrale, même s'il est question de l’ausculter, de la critiquer. Alors que le cinéma américain contemporain évolue dans le repli, ils décident de renouer avec l'ambition de leurs aînés et de questionner l’essence même de leur pays. L’histoire de l’Amérique prend sa source dans la frontière et le "wilderness". Sa mythologie naît de l’avancée dans un territoire inconnu, à conquérir et domestiquer, dans l’idéalisation d’une nature sauvage, pure, d’un Eden. Le cinéma américain classique s’est constamment nourri de cet imaginaire, de ces paysages, de ces espaces à arpenter, avec pour formes archétypales le western et le road movie. La rupture est venue du désenchantement qui a saisi le pays dans les années 60/70 et qui, après un détour par l'expansionnisme et la saine vitalité affichée et hargneuse des années Reagan, se retrouve aujourd'hui accentuée depuis la tragédie du 11-Septembre et les errements géopolitiques américains. Pour Sean Penn, interroger l’Amérique aujourd'hui, c’est donc revenir sur sa substantifique moelle, sa fondation, explorer ces mythes qui ont forgé son identité, comme le faisait à sa façon Robert Kramer avec Route One / USA en 1989. Into the Wild est un projet très cher à Sean Penn, et il a pendant plus de dix ans pensé à l'adaptation du livre de Jon Krakauer (Voyage au bout de la solitude) et au fait divers qui y est lié. Ce récit est pour lui l’occasion de dépeindre la façon dont des mythes peuvent encore aujourd’hui forger un individu. Chris McCandless est nourri de Thoreau, de London et de Whitman. En devenant Alex Supertramp, il renoue avec la grande tradition littéraire américaine, mais aussi avec les mouvements alternatifs et contestataires que le pays a toujours entretenus en son sein : Kerouac, la Beat Generation, les hippies, les communautés... autant de propositions faites au rêveur pour échapper à une société qui n'est plus en accord avec son Amérique utopique. Alex puise inspiration et force dans ces mouvements, mais ne s’y arrête pas. Il se doit d'aller plus loin, il a besoin de se confronter au territoire américain dans sa pureté, sa virginité, il doit se ressourcer à ses origines. Si le geste est beau, Sean Penn se garde bien d'idéaliser son héros. Sa volonté de fer, son absence de compromis font le mal autour de lui. Sa sœur souffre, ses parents, d’abord caricatures de la bourgeoisie wasp, deviennent des personnages à vif qui nous émeuvent tandis que la pureté d’Alex nous le rend souvent insupportable. Into the Wild se nourrit d’une grande part documentaire : le travail de Krakauer (qui à l’occasion de l'adaptation de son livre offre à Sean Penn des éléments inédits), les souvenirs des proches de Chris, la propre écriture de McCandless qui surligne l’image... mais il y a une tout aussi grande part de fiction dans l'écriture. Le tournage du film est en retour l'occasion d'insuffler de la vérité dans la mécanique fictionnelle. Le chef opérateur Eric Gautier, véritable co-auteur du film, décide de ne rien abandonner à une seconde équipe. Il entraîne Sean Penn, l'acteur Emile Hirsch et deux techniciens pour des longs séjours de tournage dans les endroits les plus reculés. Le résultat est époustouflant : on ressent la puissance des paysages, le froid et la chaleur, on partage la peur et l’euphorie de Chris. Dans ces séquences magnifiques, Sean Penn et Eric Gautier évitent tout mysticisme, se contentant de la simple présence de l’espace. Into the Wild prend son envol dans ces passages où l'émotion qui nous est offerte possède une sorte de pureté que l'on ressent rarement au cinéma. Into the Wild, s'il n'est pas exempt de défauts, est une œuvre lyrique et habitée, portée par la prestation magistrale d’Emile Hirsch, un casting parfait (avec entre autre Vince Vaughn, William Hurt, Marcia Gay Harden, la magnifique Catherine Keener et l'étonnant Hal Holbrook) et un travail sur la photographie absolument magistral.

Olivier Bitoun


Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
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