| Le maladroit mais très intéressant Intacto « portait en germe suffisamment d’envie de cinéma pour (que son réalisateur) accouche un jour d’un grand et honnête film de genre », pour paraphraser notre critique peu après la sortie du premier film de Juan Carlos Fresnadillo. Il n'aura pas fallu attendre un autre galop d'essai (mais tout de même six ans) pour que le jeune réalisateur espagnol ne fasse pas mentir cette prédiction. Fresnadillo ne se retrouve pas à Hollywood, comme on pouvait s'y attendre tant Intacto ressemblait parfois à une carte de visite pour les Etats-Unis, mais en Angleterre pour signer la suite du 28 jours plus tard de Danny Boyle, à la demande de ce dernier et de sa maison de production DNA. Le script met un an à être finalisé, les scénaristes se succédant sur le projet, notamment des compères espagnols du cinéaste. On ressent d'ailleurs à plusieurs reprises dans le déroulement de l'intrigue ces « pansements scénaristiques » qui témoignent si souvent d'une pré-production difficile. On imagine qu'entre le besoin de satisfaire les fans du premier volet tout en renouvelant la franchise, entre la vision de Boyle et celle de Fresnadillo, l'équilibre était délicat à atteindre. A l'arrivée, si quelques pirouettes passent effectivement mal, l'ensemble est d'une telle ampleur, le film parvient à maintenir une telle tension émotionnelle et physique sur toute sa durée qu'il s'impose comme l'un des plus beaux fleurons du genre que l'on ait pu voir sur les écrans depuis de nombreuses années. La première force du film est d'utiliser son cadre fantastique non comme une fin, mais comme un moyen d'évoquer des questionnements profondément humains. En effet, 28 semaines plus tard est avant tout un drame familial d'une incroyable intensité. On s'identifie en un rien de temps au sort et aux tourments de cette famille qui éclate face à une situation insoutenable. Que le cadre de cette histoire soit celui d'un monde en proie à la rage destructrice d'une population humaine contaminée n'est finalement pas le plus important, le drame aurait pu tout aussi bien se jouer à partir dans un autre cadre (catastrophe naturelle, épidémie, guerre civile...). Ce qui importe ici, ce n'est pas tant l'élément déclencheur, c'est ce qui se joue en nous lorsqu'on est confronté à l'horreur, ce qui peut ainsi nous pousser à fuir et abandonner sa femme ; c'est la douleur de vivre avec la honte, la culpabilité, ce sont les mensonges que l'on fait à ses enfants pour parvenir à encore les regarder dans les yeux. Les personnages sont magnifiquement écrits, profondément humains, avec ce qu'il faut de défauts, de fêlures, de courage. Si on vit le film de façon si intense, viscérale, c'est que nous sommes ces personnages, c'est que malgré les effets spéciaux, les séquences d'action et les scènes d'horreur ils demeurent toujours, et nous avec, au cœur du film. Les séquence mettant en scène les contaminés ne sont pas pour autant sacrifiées, bien au contraire le plaisir qu'elles procurent se trouve renforcé par l'empathie du spectateur pour les personnages. Le statut des infectés pourrait d'ailleurs être la profession de foi du film : les caractéristiques des zombies "nouvelle génération" à la Snyder (rapidité, fureur donc à l'écran action et gore) mais avec les souvenirs de leur passé : un état schizophrénique qui incarne au stade terminal les dilemmes moraux qui secouent les personnages. Dans 28 semaines plus tard on tue parce que l'on est contaminé, mais aussi par désir de vengeance ou parce que le regard de ses proches devient insupportable. 28 semaines plus tard, aussi psychologique, intime et humain soit-il, n'oublie donc jamais le pure plaisir du cinéma de genre et Fresnadillo enchaîne des moments spectaculaires, des scènes de fin du monde purement anthologiques. Les décors naturels se taillent la part du lion (superbe utilisation de l'architecture londonienne), ce qui donne au film un aspect réaliste et pris sur le vif qu'appuie une réalisation donnant une large place à la caméra portée. Cependant, malgré cet aspect réaliste, Fresnadillo propose une mise en scène constamment stylisée, loin de se contenter comme nombre de jeunes (et moins jeunes) réalisateurs de mimer le regard d'un JRI sur les évènements. Il joue ainsi aussi bien sur la profondeur de champ qu'offre la HD, que sur l'immersion procurée par la vidéo ou la sensibilité de la pellicule argentique. La présence de l'OTAN sur le territoire anglais, la mise en quarantaine de Londres, le principe de précaution qui amène à l'élimination sans discernement de la population peuvent certainement appeler à une lecture politique du film, mais ce qui intéresse avant tout Fresnadillo, bien plus que la dénonciation ou la critique géopolitique, c'est bien l'effet de tout drame sur l'être humain. 28 semaines plus tard, cousin de La Guerre des Mondes de Spielberg, est un film triste et désenchanté, une véritable déflagration dans l'univers trop souvent ronronnant du cinéma fantastique contemporain. Indispensable. |