| Réalisé dans la foulée de Z, qui évoquait la dictature de l’armée en Grèce, et de L’Aveu, sur le totalitarisme communiste en Tchécoslovaquie, Etat de siège pourrait être vu comme le dernier volet d’une trilogie de films mettant en scène Yves Montand et qu'on pourrait qualifier, en paraphrasant le cinéaste lui-même, de "suspenses éthiques dans des sociétés liberticides". Obéissant dans leur déroulement à une même tension, les trois films sont ainsi des films de divertissement efficaces, mais qui s’ancrent dans un contexte social et politique bien réel. Etat de siège se situe donc en Uruguay, république sud-américaine dans laquelle l’enlèvement d’un dignitaire américain par un groupe d’extrémistes marque le début d’une crise gouvernementale. Par ce biais, Costa-Gavras cherche surtout à évoquer la réalité de l’interventionnisme américain dans ces dictatures latines, la C.I.A. formant et équipant en secret des militaires destinés à renverser les régimes trop insoumis. Evidemment, rétrospectivement, on ne peut s’empêcher de remarquer qu’un an après la réalisation d’Etat de siège, un coup d’état au Chili renversait Salvador Allende pour marquer le début de la dictature pinochetiste, la responsabilité américaine dans cet autre 11-Septembre n’étant plus à prouver. C’est donc avec une grande conscience du monde contemporain et une précision certaine dans la description du fonctionnement interne des structures qu’il évoque que Costa-Gavras mène sa barque, sans jamais sombrer ni dans le manifeste gauchisant ni dans la romantisation excessive. Comme dans L’Aveu, où un panneau introductif expliquait le destin d’A. L. avant même que l’on connaisse son histoire, le sort du personnage principal d’Etat de siège nous est annoncé dans les premiers instants, afin de ne pas créer une dramatisation un peu artificielle, et de recentrer le film sur ses réels enjeux. Par ailleurs, le Santore d’Etat de Siège n’ayant que peu à voir avec le protagoniste central de L’Aveu, il ne s’agissait pas de donner l’occasion de susciter une empathie trop forte pour un personnage au final bien peu estimable (d’autant plus qu’il était incarné par la star Montand). Dérangeant dans un propos qui conserve trente-cinq ans après sa grande modernité, palpitant dans la gestion de son urgence dramatique, Etat de siège n’est pas forcément la plus grande réussite de son auteur mais est parfaitement représentatif de cette aptitude du cinéma français des années 70 à faire des films engagés sans être manichéens, lucides sans être désespérés, divertissants sans être vains. O tempora, o mores... |