| Lors d'une éventuelle rétrospective de la saga de La planète des singes - saga dont le grandiose film original demeure de loin la plus grande réussite - le spectateur curieux pourra jeter un œil à ce quatrième et avant-dernier épisode ; situé dans la continuité des Evadés de la planète des singes, à la fin duquel Zira et Cornelius étaient laissés pour mort, cet opus s’attarde sur le petit Caesar, recueilli par Armando (le directeur du cirque incarné par Riccardo Montalban dans le précédent épisode). Entre-temps, les guerres et les épidémies ont ravagé l’humanité et éradiqué plusieurs espèces animales, dont les chiens et les chats. Ayant domestiqué les singes, les hommes ne les traitent plus comme des animaux de compagnie mais véritablement comme des esclaves, cependant dénués de parole. Obligé de cacher son identité, d’autant que les pouvoirs humains s’inquiètent de l’affranchissement progressif des primates et redoutent l’arrivée d’un « prophète » simiesque, Caesar est révolté par les traitements infligés à ses frères. Sous son impulsion, les singes vont se dresser et se rebeller contre leurs maîtres. Contraint par la réduction des budgets, ainsi probablement que par la nouvelle impulsion donnée par, entre autres, Dirty Harry (sorti l’année précédente) au cinéma d’action américain, cet épisode marque d’emblée par sa sécheresse, tant dans un postulat anticipatif d’une grande sévérité que dans la violence du traitement. Jack Lee-Thompson, qui n’a jamais brillé par sa subtilité et, a fortiori, n’est pas Don Siegel, aborde de front sa situation initiale en appuyant sur un contexte général de fortes tensions raciales et de grandes violences sociales. Evidemment, il est inévitable de faire un parallèle avec la situation sociale et politique américaine contemporaine, entre l’émergence du Black Power à la fin des années 1960 et les révoltes des prisonniers d’Attica en 1971. Ceci étant, le film ne brille pas par la subtilité ni de son approche géopolitique ni de sa symbolique messianique, mais bien plus par la brutalité de son traitement, qui oppose les violences de la répression humaine au terrorisme naissant des bandes organisées primates, livrant au passage des scènes de torture, de lynchage ou de révolte collective à l’impact certain. La dernière séquence, en particulier, impressionna tant les producteurs par son âpreté qu’ils exigèrent l’ajout d’une tirade pacificatrice qui sonne presque faux dans les dernières secondes du film. Evidemment, toute la richesse thématique de la saga s’est progressivement perdu entre le film de Franklin Schaffner et cette très honnête série B d’un Jack Lee-Thompson presque prêt pour ses futures brons(c)onneries. La déliquescence auto-destructrice des sociétés humaines n’est plus qu’un cadre, et l’invitation à l’humilité suggérée par le premier film a laissé la place à une démarche un peu plus basse-du-front où l’inversion des rôles tient plus du gimmick que de l’hypothèse philosophique. Ceci étant su, rien n’oblige le spectateur à bouder son plaisir face à un divertissement assez intense. |