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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par John Carpenter 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Il y a des réalisateurs qui donnent toute leur puissance dans la démesure de projets pharaoniques et d’autres qui s’épanouissent complètement dans les petits budgets. Après de sévères échecs commerciaux, John Carpenter est sommé de revenir à une économie de production qui le ramène des années en arrière, du temps où il bricolait l’iconoclaste Dark Star avec trois bouts de ficelle et deux morceaux de tôle ondulée. Après Prince of Darkness, They Live est le deuxième film produit par Alive Productions et de nouveau Carpenter frappe très fort, porté par l’urgence de la série B, libéré des dictats des costards cravates d’Hollywood, ce qui lui permet de déverser tout son fiel contre l’Amérique des années Reagan. Invasion L.A. est le film le plus ouvertement contestataire de son auteur, un film qui n’hésite pas à montrer Yuppies et Golden Boys comme des extra-terrestres venus s’emparer de la planète. Ici, pas de sous-texte politique plus ou moins caché derrière le cinéma de genre : la charge est évidente, frontale, à l’image de Homecoming, l’admirable segment anti-Bush de Joe Dante pour les Masters of Horror. « Consommez », « obéissez », « Restez devant votre télé », « Respectez l’autorité », « Mariez-vous », « Reproduisez-vous », « L’argent est votre Dieu » … le peuple américain est soumis à un véritable lavage de cerveau visant à le transformer en mouton servile, dont la seule finalité est de consommer et de nourrir une poignée de dirigeants et de décideurs. Anarchiste, nihiliste (voir le nom de son personnage principal, John Nada), Invasion L.A. brosse un portrait au vitriol d’une Amérique qui, non seulement abandonne une partie de sa population (Carpenter décrit magnifiquement le monde des homeless, le chômage, les travailleurs pauvres…), mais s’en repaître littéralement à l’image de la Society de Brian Yuzna. Des boursicoteurs aux "hommes pressés" des médias, un seul but : croître et endormir. Carpenter en appel à un réveil salutaire, à la prise des armes face à une société qui a abandonné toute idéologie, toute valeur, tout humanisme, pour ne se concentrer que sur un petit bien-être égoïste. Carpenter nous montre un monde artificiellement colorisé, faux, mensonger, dont le symbole est le cinéma des studios, la standardisation télévisuelle, un art dévoyé qui ne fait plus qu’abrutir et rassurer sans aucune considération pour la réalité des choses. Du coup, Invasion L.A., malgré ses extra-terrestres, ses courses poursuite, ses gunfights, est un film bien plus réaliste que la production lambda des studios, un film de science fiction qui se raccroche véritablement à notre société. La scène d’anthologie, une bagarre à main nue d’une dizaine de minutes, porte tout le discours de Carpenter : accepter de voir c’est long, c’est douloureux, c’est une série de coups dans la gueule… mais comment peut-on vivre sans les recevoir ? Carpenter manie avec génie le Cinémascope, transformant les décors de bidonvilles en villes fantômes, où une poignée de laissés-pour-compte représente les derniers vestiges d’une humanité en voie d’extinction. Il isole ces résistants par l’usage de la profondeur de champ ou de perspectives bouchées. Le cinéaste nous éblouit une fois de plus par la maestria de sa mise en scène, par son sens inné du montage (des scènes d’action d’une perfection formelle ahurissante), par l’intelligence de son propos. Invasion L.A. un chef-d’œuvre du cinéma de genre, un film primordial et salutaire.

Olivier Bitoun



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