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Quatre frères

Affiche de Quatre frères

Four Brothers

Réalisé par John Singleton 

Action - États-Unis - 2005

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Quatre frères, deux blancs et deux noirs, enterrent leur mère adoptive, tuée au cours d’un minable braquage de supérette. Décidés à retrouver les coupables du meurtre, le gang de frérots découvre que ce meurtre à priori accidentel est peut-être lié à une sordide affaire de corruption. John Singleton fait partie de ces réalisateurs américains qui n’ont d’autres ambitions que de remplir le tiroir-caisse avec des films racoleurs (2 Fast 2 Furious en tête) tout en jouant sur une image de défenseur de la cause afro-américaine. Car, à contrario d’un Brett Ratner, Singleton jouit d’une étonnante indulgence, l’homme ayant acquis une prétendue légitimité avec son premier film prenant pour cadre les ghettos, Boyz'n the Hood, qui annonçait pourtant bien sa vision consensuelle et démagogique du cinéma et de la cause des noirs américains. Aussi, Quatre frères est une agréable surprise. Singleton mise sur la sobriété, s’interdisant tout effet de style trop voyant. Cette retenue ne joue cependant pas complètement en faveur du film, la mise en scène se révélant souvent poussive, Singleton ayant bien du mal à s’adapter à cette économie de moyens inédite pour lui. Mais le style "old school" du film fait toutefois mouche, d’autant plus qu’il est agréable, dans le paysage des films d’actions montés et filmés sous amphétamines, de retrouver une peu de la tension qui primait dans les bandes rageuses des polars des 70’s. En dehors des séquences d’action, le film avance posément, imposant avant tout ses personnages, magnifiquement interprétés par un formidable trio d’acteurs (on met délibérément de côté le pénible Tyrese Gibson) qui parvient à faire vivre ce qui ailleurs n’aurait pu être que des figures stéréotypées. Une autre idée sympathique est l’utilisation de la banlieue enneigée de Détroit comme cadre de l’action, certes pas révolutionnaire mais qui permet d’offrir une ambiance un tantinet originale, et quelques astuces lors des séquences d’action. Le film passe sans accrocs d’un genre à l’autre, de la chronique familiale à la comédie, du drame à l’action. Surtout, jamais John Singleton ne fait preuve du cynisme inhérent aux jeunes loups des studios qui flattent les amateurs de cinéma de genre tout en lançant des clins d’œil complices aux spectateurs. Ce qui limite cependant la portée du film, au-delà de la mise en scène neurasthénique de Singleton, c’est le fait que le cinéaste semble persuadé de réaliser un polar hard boiled, alors que Quatre frères ne demeure au bout du compte qu’un très sympathique film d’action aux forts accents de comique troupier. L’utilisation d’une bande originale composée de Soul Motown, la violence des scènes d’actions, la crudité des dialogues... Singleton essaye d’imposer une filiation avec la blaxploitation qui ne prend jamais vraiment. On aurait préféré que le cinéaste prenne conscience des limites de son film et se concentre sur l’efficacité de sa mise en scène au lieu de multiplier ces références stériles. Quatre frères marque peut-être un changement de cap pour le cinéaste d’autant que la même année celui-ci produit le magnifique film de Craig Brewer, Hustle & Flow (il produira également son film suivant, Black Snake Moan). S’il n’est pas inoubliable, si l’on pourrait dérouler à l’envie la liste de ses défauts, Quatre frères est une petite surprise à découvrir.

Olivier Bitoun


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