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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par Milos Forman 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Après le Printemps de Prague, Milos Forman quitte la Tchécoslovaquie et s’installe aux États-Unis. On est en 1968 et le cinéaste découvre un pays bouleversé par les mouvements sociaux et la fronde de toute une frange de la jeunesse. Dans les milieux artistiques qu’il fréquente, on ne parle que de drogues, d’expériences psychédéliques, de libération sexuelle. Dans la rue, c’est la lutte pour les droits civiques et le combat pour la paix. Un peu dépassé par les évènements, mais souhaitant en rendre compte, Forman fait appel à Jean-Claude Carrière pour écrire le scénario de son premier film américain : « Taking Off ». Il y évoque cette déchirure de la société en prenant la famille – valeur américaine s’il en est - comme cadre d’une comédie satirique dans la lignée de ses premiers films. Il dépeint d’un côté une jeunesse absente, silencieuse, écrasée par le poids de la famille et du conservatisme et de l’autre des parents déboussolés, perdant leurs repères et essayant de ressouder vaille que vaille la cellule familiale. Le film débute sur une audition de jeunes filles à laquelle participe en cachette Jeannie Tyne (Linnea Heacock), quinze ans. Interchangeables, elles passent une à une devant un jury que l’on devine en train de faire le casting d’un opéra psychédélique à la « Hair ». Jeannie ne voit pas qu’une marchandisation du Flower Power est à l’œuvre, elle est simplement fascinée par ces jeunes femmes libérées ou par cette camarade qui vient de prendre un acide pour lutter contre le trac. Si bien que de retour chez elle, visiblement en plein trip de LSD et trouvant ses parents - Lynn (Lynn Carlin) et Larry (Buck Henry) - en pleine dispute, elle fugue derechef du domicile familial. Forman la quitte alors pour suivre Lynn et Larry partant à la recherche de leur fille, découvrant de nombreux autres cas d’adolescents fugueurs et même une association regroupant les parents pris dans cette situation. La forme du film - un montage parallèle entre les scènes d’audition et le parcours des parents – porte en son sein l’image d’une Amérique fracturée et peut-être irréconciliable. Mais ce qui fait la force et l’originalité de « Taking Off » tient du fait fait que Milos Forman refuse de se placer d’un côté ou de l’autre cette barrière. Le regard qu’il porte sur la jeunesse n’est guère tendre, celle-ci étant présentée comme inconséquente et égoïste, ce qui le place à contre-courant de ses collègues cinéastes européens réalisant au même moment leurs premiers films américains (Varda, Antonioni, Demy…) et qui sont eux dans la fascination pour le Flower Power et la contre-culture. Mais dans un même temps, Forman montre des adolescents mutiques et silencieux (à l’image de Jeannie qui ne dit quasiment aucun mot de tout le film), comme s’ils étaient complètement dépourvus face à une société d’adultes dans laquelle ils ne se reconnaissent absolument plus. Surtout, le réalisateur s’attache essentiellement à Lynn et Larry, laissant Jeannie et la jeunesse hippie en toile de fond, de plus en plus absents. Car c’est ce sentiment qu’ont les parents de voir leurs enfants disparaître, d’être devant un vide, c’est ce constat qu’il n’ont plus rien à partager, à transmettre qui les pousse à s’interroger sur ce que représentent la famille, l’adolescence, la responsabilité parentale, le fossé des générations. S’il caricature leurs petite vie bourgeoise, leurs multiples frustrations (surtout sexuelles), Forman les montre aussi pleins de bonne volonté, simplement perdus face à une société sur laquelle ils n’ont plus aucune prise. Ce sont eux qui avancent dans le film, évoluent ; et alors que les jeunes filles répètent à l’unisson lors de l’audition les pires clichés musicaux de l’époque, Lynn et Larry s’amusent, redécouvrent le plaisir de la séduction et planent même lors d’une hilarante séquence d’initiation à la marijuana. Le cinéaste dépeint ainsi une période transitoire où, quelle que soit la génération à laquelle on appartient, tout semble flou, lointain. En refusant de prendre parti, en posant un regard caustique, amusé mais aussi plein de tendresse - et sur la jeunesse et sur l’ancienne garde -, Milos Forman réalise un portrait passionnant et plein d’enseignements sur ces 70’s, décidément bien plus riches et complexes que ce que les habituelles caricatures partisanes (d’un camp comme de l’autre) laissent habituellement entendre.

Olivier Bitoun



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